L’internet mobile a tué l’internet ?

Quand j’ai connu le minitel au milieu des années 90, j’ai trouvé ça formidable. J’allais sur un service qui proposait des BAL (boites au lettre), XBAL, tables rondes, et un autre service dont j’ai oublié le nom, c’était respectivement ce qu’on appelle aujourd’hui des boites email, des forums, des discussions à plusieurs sur des systèmes de chat, et le service qui ne fonctionnait pas était l’équivalent de l’IRC, le seul soucis c’est que le défilement ne fonctionnait pas, c’est pour ça que j’ai oublié le nom du service.

Quelques années plus tard, j’ai donc redécouvert exactement la même chose avec mon premier ordinateur connecté sur internet, et je m’éclatais à discuter sur les forums, comme c’est encore le cas aujourd’hui. Des discussions enflammées avec des messages longs entre gens passionnés, qui avaient quelque chose à dire.

Mais depuis 2007 – 2008, la génération mobile a changé un peu la donne :

– Un petit écran affiche moins de texte, il faut donc faire des phrases courtes, parce qu’entre deux scrolls on fini vite par se perdre.

– Même si les jeunes d’aujourd’hui sont bien entrainé pour écrire avec des écrans tactiles, on aura pas de mal à se rendre compte qu’aucun d’entre eux n’écrira aussi vite qu’une personne habituée à un vrai clavier mécanique.

Le support ne facilite donc pas la communication, ce qui est limite paradoxale, puisque l’appareil utilisé est presque entièrement dédié à cet usage.

Les outils tentent de s’adapter à ces difficultés, mais au final augmentent considérablement la pauvreté et la médiocrité de nos échanges. Et l’habitude prise sur mobile devient une sorte de mode qui contamine les utilisateurs d’ordinateurs.

L’exemple le plus frappant d’outil pensé pour le mobile et étant pourtant très utilisé sur PC est Twitter, qui en limitant la taille des messages oblige d’une certaine façon les gens à ne pas dire grand chose, et à s’en contenter.

Alors on écrit en abrégé ou avec des fautes volontaires pour supprimer un maximum de caractères, on ne peut pas développer ses idées, et on décide de ne jamais dire grand chose. La solution est souvent de tweeter un message très court avec un lien vers un article, mais tout le monde ne clique pas, et du coup, il n’y a pas vraiment de discussion.

Pour pousser au clic, l’article se doit d’avoir un titre percutant, et même exagéré comme le sont ceux des magazines people, puis un peu de contenu, parce que les gens n’ont plus envie de lire, puisqu’ils n’ont plus l’habitude.
Un texte de deux lignes, une image ou une vidéo quelque chose de facile à consommer, voilà ce qui fonctionne.

Et ce n’est pas parce que les utilisateurs n’ont pas le temps de lire, une vidéo de 5 minutes ou il ne se passe pas grand chose, à part un gag de fin aura bien plus de succès qu’un article de 15 lignes qui prendrait quelques secondes à lire.

Ce système de communication apprends progressivement aux gens à ne plus lire le contenu d’un article qui dépasse deux lignes, puisqu’ils sont habitué à un petit texte très court qui tiens sur l’écran du mobile, et surtout ils sont habitué depuis encore plus longtemps à écouter les choses plutôt qu’à les lire.
Ainsi vous constaterez que si vous envoyez un email avec deux questions, beaucoup de gens ne répondront qu’à la première ou la dernière question. Ils sont devenus incapable de gérer une communication écrite correcte, et fonctionne comme à l’oral, ou on répond à la dernière chose qu’on nous a dit, et ou on peut très facilement oublier (ou faire oublier ?) ce qui était dit avant.

L’internet aurait du rendre les gens intelligents, cultivés, et faciliter la communication écrite avec des échanges structurés et réfléchit, et pourtant, elle les rend surtout fainéants, et favorise les commentaires rapide, sans fond, les critiques faciles et autres invectives.

#parlerPlusMaisDireMoins